In the air, de Jason Reitman
Samedi, janvier 30th, 2010
+++ rules of engagement
Faut pas s’attendre à ce que je dise beaucoup de mal d’un film avec George Clooney. Surtout quand il est bon. Le film repose sur lui d’ailleurs. Sur celui qu’il est dans le vrai monde. L’homme qui ne se mariait pas. L’insaisissable.
Du coup, tout le propos (assez original reconnaissons-le) sur ce sous-traitant en licenciement s’efface après un petit tiers de séance pour se recentrer sur une comédie romantique plus classique. Ce boulot degueulasse sert juste à nous montrer le cynisme du personnage tout en justifiant qu’il passe tout son temps dans des avions.
Ce mec est une anomalie. Pas interessé par le mariage, le foyer ou toutes ces conneries inventées pour endormir notre esprit revolutionnaire. Ce n’est pas le seul homme sur Terre à fuir l’engagement (chez nous, c’est génétique) mais lui résiste vaillamment à la pression sociale et au regard des autres. Il assume.
Pour lui, l’immobilisme, c’est la mort. Et l’autre vous ralentit. Version humaine du principe de l’investissement en économie.
L’homme n’est pas animal social par nature mais par necessité. Si Clooney incarne l’éternel célibataire, c’est parce qu’il peut se le permettre. Parce qu’il est beau, riche et talentueux. Même chose pour son personnage. Les autres ne sont pas amusés par son statut, ils sont jaloux. Et ils le cachent par de la désapprobation. Comme on trouve toujours matière à se moquer d’une bombe sexuelle pour se consoler de ne pas pouvoir faire autre chose. Le personnage de Clooney s’appuie sur moult observations pour affirmer qu’on ne se marie pas par amour mais par faiblesse. On choisit juste quelqu’un qui colle à peu près.
»Vous n’avez pas peur de vieillir seul? », demande sa collègue qui se comporte à 23 ans comme si elle en avait 20 de plus. Un amant, deux, trois au plus et elle quitte tout pour se jeter sur le premier avec qui elle puisse acheter un appartement, dîner chez ses parents, sortir avec les amis et s’assurer un avenir. Finalement, le romantisme est affreusement pragmatique.
Clooney ne joue pas un ado attardé. Quand il faut virer des gens, il fait montre de parfait calcul. C’est vrai, l’âge entame son cynisme. Seule façon d’expliquer que ce dur à cuire satisfait de son mode de vie pendant des decennies se mette soudain à tout questionner. Avant que la realité du monde et des relations humaines ne le ramène à la raison.
Comme Jason Reitman est un faux libéral (Juno est un film anti-avortement et puis c’est tout), il veut faire de son héros un nouveau beauf que sa collection de miles rend aussi superficiel qu’un pro du tuning. Comme ça, il pourra le punir. Si Reitman filme avec talent toutes les séquences d’aéroport, il s’impose comme dans Family Man avec Nicolas Cage ou tant d’autres films US le même message nian-nian. L’amour va ouvrir les yeux de son héros sur la réalité du bonheur: une famille, un break et un chien. Je suis pas certain que les
divorcés, alcooliques, suicidés, victimes d’incestes ou autres femmes battues, partagent ce point de vue.
Heureusement, même si c’est pas l’impression que ça donne, moi je considère que George Clooney gagne à la fin.



