



Le travestissement plus ou moins forcé n ‘est pas nouveau au cinéma. De Jeanne d’Arc à Julie Andrew dans Victor Victoria, des femmes ont revêtu le costume de l’homme pour accomplir des choses qu’elle ne pouvaient faire en tant que femme en habit de femme. Tomboy (garçon manqué en anglais) a le mérite de parler d’un trouble identitaire de l’enfance, en se demandant s’il est un trouble, justement.
Une petite fille, Laure, ressemble à garçon. Arrivée dans son nouvel immeuble, une voisine la confond avec un garçon. Laure adopte le genre erroné, pour ne pas contrarier les « normes genrées imaginaires », comme dit Judith Buttler, qui font que nous pensons tous savoir ce que sont être une femme, et être un homme.
Le premier film de Cécile Sciamma, l’intéressant Naissance des Pieuvres, se situait à l’adolescence, on y apercevait aucun adulte. Tomboy parle de l’enfance, avec un style parfois un peu téléfilm, mais plus sincère que Naissance des Pieuvres. Si Sciamma n ‘est pas toujours capable de donner toute la force nécessaire à son propos, et qu’il y a quelques passages un peu « mous » dans Tomboy, elle met le doigt sur quelque chose de tout à fait remarquable.
Le garçon manqué a une petite sœur et finit par avoir une petite « amie ». En n ‘acceptant pas les normes genrées imaginaires, il-elle fait l’expérience d’une liberté d’autant plus violente que la petite soeur et la petite amie sont déjà perclues de « croyances auto-limitantes » à 5 et 10 ans. Gavées d’idées reçues, et dans l’acceptation déjà définitive des contraintes liées à leur sexe, elles n’ont pas le droit de….elles ont besoin d’être protégées…. Laure-Michael (Tomboy) fait l’expérience de la liberté avant d’être rattrapé(e) par son mensonge. Le film s’ouvre sur l’enfant debout dans la voiture, par le toit ouvrant, les mains dans le vent. Inclue dans le foot, dans les balades et les jeux, sollicitée par les autres enfants. La vie des petits garçons est la conquête du monde et d’autrui. C ‘est bien ce qui lui donne le courage d’aller si loin dans la supercherie, corrompant sa petite sœur, et se fabriquant un pénis en pâte à modeler pour aller se baigner avec les autres.
La vie des petit garçons rendrait elle plus maline car ouvrant le champ de possibles ? J ‘ai tendance à penser que c ‘est un lieu commun, puis je vois des fillettes de 3 ans vêtues en Princesse et je me dis que Cécile Sciamma peut aider à les sortir de leurs futurs donjons.
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Je n’ai pas vu le film mais tu en parles bien.
Merci !
J’ai vu une photo de Céline Sciamma et elle a tout pour que je la déteste avec ses lunettes cerclées de noir, sa clope et sa chemise faussement bon marché de bobo de merde. Et pourtant, elle fait d’excellents films. Celui-là y compris, avec ces gamins incroyablement naturels (la petite soeur est pas croyable). Comme quoi, le monde est complexe.