le blogbuster - Chroniques cinéma de Ripley et Maverick
Chair ensanglantée
par Ripley | le 14 février 2011 | 1 commentaire
Carancho, de Pablo Trapero

Polar Glauquissime, Carancho raconte l’histoire d’un avocat déchu qui aide de pauvres accidentés de la route, qui sont légions, à obtenir un maximum des compagnies d’assurances pour mieux les spolier de cet argent.

Ricardo Darin, peut être mon acteur préféré de l’univers, est parfait dans ce rôle de salaud qui subit sa part de marasme et qui croit dans sa salvation le jour où il rencontre une urgentiste camée. L’abus de caméra à l’épaule est un mal argentin (Oso Rojo…), ici il sert une mise en scène sombre et inventive, dans un Buenos Aires délabré. Relativement classique d’intrigue, un type malhonnête mais touchant tente le coup de la dernière chance pour s’assurer de quoi changer de vie pour la femme qu’il aime, Carancho trouve sa modernité grâce à la mise en scène efficace, violente et réaliste.

Les premiers plans du film s’éternisent sur des morceaux du corps de Maria Gusman, un infirmier balaie de l’eau ensanglantée, Gusman et Darin badinent pendant qu’elle lui suture l’arcade sourcilière. Si le propos de Trapero a de la force, c’est parce qu’il met littéralement en scène la manière dont les êtres sont broyés, morceaux par morceaux par un système corrompu jusqu’à l’os, la déshumanisation commence avec ces morceaux de chair dissociés du reste du corps, une appréhension cubiste pour mieux montrer la déstructuration de l’individu. L’ultra réalisme du film contraste avec la bande annonce qui vendait du gun fight latino.

Rien de tout ça ici, corps maltraités de junkie, bain de sang sale, amour fugace en plan très serré, moments fragiles, le balet répétitif des ambulances et des drames de la nuit. La vraie vie triste et sans espoir, rattrapée par le fatalisme d’un mal social qui ressemble à une gangrène généralisée. Le délitement du corps correspond avec celui de la société qui expose tout un chacun à une mort certaine. Le carancho (vautour) guette les morts en sursis, qui sont, on le comprend, tout le monde. Carancho n’est pas un polar mais un cri désespéré sur l’état d’une société qui autorise la négation physique et morale. Glauque et efficace.

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1 commentaire sur “Carancho, de Pablo Trapero”

  1. maverick:

    La bande-annonce vendait de l’intense à la Inarritu. Chez le Mexicain, le glauque respire le vivant. Là, on est à l’opposé, les personnages sont déjà morts.

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