le blogbuster - Chroniques cinéma de Ripley et Maverick
Orphée en forêt
par Ripley | le 6 septembre 2010 | Pas de commentaire, une réaction ?
DEAUVILLE, Two gates of sleep (compétition)

 Alistair Banks Griffin est officiellement un réalisateur qui fait tout passer par la beauté. Il y a de l’époustouflant dans à peu près tous ses plans, et son travail est plus proche de celui du photographe qui cherche à donner du sens à chaque image. Brady Corbert, vu dans Funny Games US, est remarquable dans cette quête de réconciliation entre une nature qui le maltraite et la dernière volonté de sa mère.

Two gates of sleep ne se laisse pas regarder. Parce qu’il faut passer le premier quart d’heure pour rentrer dans cet univers dur et accepter cette proposition difficile d’un jeune réalisateur très talentueux.

Premier film expérimental dira-t-on. Two Gates of sleep, film quasiment sans dialogue, crée sont propre mode de récit, pour raconter l’histoire d’une famille, la mère, les deux frères. Un langage cinématographique proche de celui de Terrence Malick, avec sa nature abondante, vertigineuse, douce ou hostile, incarnation d’un tout vivant et continuité de la mère.

Car Two gates of sleep, au titre inspiré de l’Odyssée est un film fondamentalement mystique. En conférence de presse, le réalisateur évoque le sentiment que l’on éprouve devant un tableau religieux, ou dans une cathédrale. S’il réfute toute signification religieuse lorsqu’on l’interroge sur un détail précis du film, c’est avant tout parce que son Odyssée à lui se veut d’un ésotérisme universel, volontairement baigné de trop de symbolismes pour qu’on en fasse une seule lecture, puisque son point de départ est le deuil, et son navire l’acceptation du Destin.

Le cercueil est trainé par les fils dans une eau de plus en plus froide, extension de la mère. Le talent d’Alistair Banks Griffin repose dans sa capacité à faire vivre une expérience infiniment sombre en mettant le spectateur dans l’acceptation de ce destin, en même temps que le personnage principal, nous maintenant tous ensemble dans des dimensions sont on ignore la pertinence, entre rêve et réalité, vie et mort. Totalement flippant donc, mais novateur. On se dit que les festivals ça sert aussi à parler de films de cette ambition et de cette trempe.

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