



Ripley et une autre amie m’assurent que le bouquin dont s’inspire le livre est un chef d’œuvre. Moi, je savais même pas qu’il existait. Il y a des études sociologiques pour le prouver mais les filles lisent plus que les hommes. Nous, on préfère la télé. Donc le bouquin, j’en sais rien mais alors, c’est sûr, le film est magnifique. J’ai envie de dire que c’était moins évident. L’obésité et la misère, c’est plus facile à lire qu’à regarder.
L’histoire fait pas dans la nuance en plus. Precious cumule. Elle est obèse donc mais aussi noire, pauvre, porteuse du VIH, battue, incestée (à 16 ans, elle est enceinte pour la 2ème fois et le papa, c’est son papa) et illettrée. Pour paraphraser Coluche, les hommes naissent libres et égaux mais y en des moins égaux que d’autres. Lee Daniels arrive à rendre digeste un truc qui partait, vous le reconnaitrez, sur de mauvaises bases. Lee Daniels, profession: équilibriste. Il n’a quasiment pas recours à l’humour mais évite la déprime, il se sert du pathos mais ne verse pas dans la niaiserie, sa réalisation est réaliste mais son film n’est pas dur. Historiquement, il restera celui qui a associé sobriété à Mariah Carey. Son plus grand exploit.
Ce qui sauve Precious, ce sont les mots. Son illettrisme et sa mère (Hannibal Lecter vient de perdre son titre de méchant le plus terrible du cinéma) la coupent du monde. Pour survivre à sa souffrance et à sa solitude, elle rêve. Les mots ne font pas maigrir ou ne guérissent pas du Sida mais ils peuvent épanouir les cœurs. Niveau bonheur, Precious part de si loin que c’est déjà ça.
Dans la même veine:
- True Grit, de Joel et Ethan Coen
- Shutter Island, de Martin Scorsese
- In the loop, d’Armando Iannucci
- La Route, de John Hillcoat
- Titeuf, le film, de Zep
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Tags: 3 étoiles, afro-américains, école, écriture, femme battue, harlem, lee daniels, Mariah Carey, Mo'nique, obèses, oscars, sida, viol
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Je me vois obligée de temperer cet enthousiasme :
Est ce qu’un film est courageux parce que son sujet l’est ?
Rien de moins montrable que ça en effet. Livre et film dynamitent toute compétence de l’aide sociale américaine et filent un grand coup de massue de le vase des violences sexuelles intra familiales à peine fendillé par Tony Morisson et Oprah Winfrey.
Pour autant, il manque à mon sens au film un élément essentiel pour s’approcher du bouquin.
Le style. La force du bouquin c ‘est de créer le lien entre Precious et le lecteur, lié par la même difficulté a déchiffrer, car le langage de rue approximatif de la dyslexique héroïne demande de s’accrocher sévère pour comprendre ce qui est beau, ce qui horrible, ce qui est de l ‘ordre de la divagation, tout est perçu dans l’effort. Rien de ça ici, c ‘est même un peu trop clippé à mon gout.
Beaucoup même.
J’ai toujours pensé qu’un bon bouquin était plus dur a adapter qu’un mauvais, et Push n ‘est pas un bon bouquin, c’est bien un chef d’oeuvre.
La scène de la confrontation mère fille déboulonne en effet Hanibal Lacter, mais le reste à moins d’intensité. Mais bon, c ‘est à voir quand même.
Comme je l’ai dit, je n’ai pas lu le bouquin. Donc qu’il s’en rapproche ou pas, ça ne change rien en ce qui me concerne. A moins d’être tourné en zone interdite, un film n’est jamais courageux. Ca, c’est du vocabulaire d’acteur français qui se met « en danger ».
Traiter un sujet inédit, prendre un personnage principal obèse, noir, pauvre, séropositive, illettrée, ce n’est peut être pas courageux.
C’est peut être parce que ce n ‘est pas courageux qu’il y a eu un tollé quand le bouquin est sortit, de la part de nombreux intellectuels noirs qui refusaient cette vision de l’Amérique noire lasse d’être représentée dans la douleur.
C’est peut être pas courageux de poser la question de la pauvreté en terme endémique, comme le faisait Zola que tu cites très à propos; sur le déterminisme de la misère, à travers la famille et le milieu, question peu politiquement correcte mais clairement présente dans le film et dans le livre.
Mes expressions ringardes et moi arrêtons les commentaires pour aujourd’hui.