le blogbuster - Chroniques cinéma de Ripley et Maverick
Tuer le père
par Maverick | le 3 septembre 2009 | Pas de commentaire, une réaction ?
Un prophète, de Jacques Audiard

Jacques Audiard est le fils de Michel Audiard, le dialoguiste le plus célèbre du cinéma français. Je ne sais pas si cet héritage lui pèse mais Regarde les hommes tomber, De battre mon coeur s’est arrêté et ce prophète traitent tous de la paternité. Peut-être n’y penserais-je pas même s’il n’était pas le fils de son père mais c’est le cas alors…Un prophète (le titre est aussi mauvais que le film est bon) met donc en scène Malik, jeune illettré qui passe des foyers à la prison. Il y tombe sous l’emprise des Corses et de leur chef, César, évidente figure du père. Il est moyen sympa mais il l’endurcit et contribue à faire de lui ce qu’il deviendra. Les rapports avec les pères ne sont jamais idylliques chez Audiard de toute façon. César lui demande des services en échange de la protection de son clan.

Entre alors la question de l’identité. Car comme son nom l’indique, Malik a des origines situées un peu plus au sud que l’île de Beauté. Au passage, comme Jalil Lespert, Tahar Rahim n’est pas très typé. Le cinéma français a encore du mal à héroïser des Arabes avec des têtes d’Arabes. Bref, les Corses du film leur portent un amour somme toute modéré. César demande à Malik de liquider un témoin en attente de procès. Témoin qui a la particularité d’être arabe. Ce meurtre fondateur va hanter Malik en même temps qu’il s’intègre à un groupe qui ne veut pas de lui.

Il apprend en secret leur langue après avoir appris à lire tout court. Sa maîtrise du français, de l’arabe et du corse lui permet de jouer sur plusieurs tableaux. Il devient confident de César tout en développant son propre business et en se rapprochant des « Barbus ». Il va s’émanciper ainsi de son père de substitution en revenant à ses origines. Une jolie façon de montrer que le pouvoir appartient à ceux qui savent communiquer et louvoyer. Morale à méditer: l’éducation valide l’intelligence.

La caméra colle aux personnages, une habitude chez Audiard qui se prête parfaitement à la sensation d’enfermement. Je ne parlerai pas de la réalité carcérale puisque je n’en connais rien. Et puis est-ce vraiment important? A l’image du plan de fin qui fait penser au Parrain, si Audiard recherche le réalisme, il réalise d’abord un film de genre à la française, formellement travaillé et intellectualisant. La pègre n’est jamais très loin dans sa filmographie. Finalement, un peu comme son père qui a nourri de ses dialogues géniaux le cinéma de genre français de la grande époque.

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