



Là-haut, Inglorious Basterds et Le temps qu’il reste. Chefs d’oeuvre sous le soleil. Spectateurs bronzés et gâtés. 2009, été béni.
Les critiques veulent voir dans le film d’Elia Suleiman un message désespéré sur la Palestine. Ce n’est pas totalement faux. Son visage BusterKeatonien, qui ne sourit jamais, laisse transparaître une seule expression: la tristesse. Cela fait des années que son personnage se balade avec ses grands yeux ouverts. La situation pour le moins inconfortable des Palestiniens, dont Suleiman est jusqu’à présent le seul porte-parole cinématographique (même s’il vit à Paris), le pèse. En Israël aussi, les réalisateurs ne parviennent pas à faire fi de la géopolitique.
Mais Suleiman n’est pas que ça. C’est d’abord un artiste brillant et travailleur. Chaque plan est étudié, le mouvement des personnages chorégraphié. Comment faire autrement vu l’importance accordée au cadre et à la symétrie de ce qui s’y trouve. Visuellement, on est au top.
Le temps qu’il reste parle de famille et donc de racines. Mais s’il y a militantisme, il n’est pas au premier degré. Suleiman a de la chance. La même qu’Almodovar dans Tout sur ma mère. Même s’ils ne sont plus là, il a l’occasion de faire un film pour dire à ses parents qu’il les aime.
C’est tout con. Comme Là-Haut qui déclare sa flamme aux petits bonheurs du quotidien. Comme Inglorious Basterds qui respire l’amour du cinéma. Mais comme on est en Palestine, le papa et ses yeux magnifiques se font régulièrement attraper pour trafic d’armes, le fiston et son militantisme se font souvent expulser du pays, la maman et ses lettres sont parfois privées des gens qu’elles aiment. Le conflit a gâché le bonheur familial.
Les circonstances sont ce qu’elles sont mais un papa et une maman, ça s’aime partout pareil. Suleiman ne dit rien mais n’en pense pas moins. La dernière scène avec sa mère mouille les pupilles sans un mot. Parce que soudain, le mutisme de sa mère, son obsession à rester sur ce balcon, tout juste perturbée par une chanson qui lui fait battre du pied, prend du sens. Comme tous les clowns, Suleiman fait rire et pleurer. Le désespoir l’emporte. Ce n’est pas une raison pour ne pas continuer à ‘y croire.
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