The Reader, de Stephen Daldry

the reader

Culpabilité à la lettre -

Une dynamique du film en 5 époques, c’est déjà une gageure. Le temps de la Shoah (ignoré au début, raconté ensuite). Le temps de l’amour entre un adolescent et une femme de 35 ans. Le temps du procès de la femme quelques années plus tard. Le temps de la fin de vie de la recluse, et de nos jours. Beaucoup d’aller-retours mais pourquoi pas?

Cette femme a commis l’irréparable. Cette femme nous est touchante. Dans son illettrisme, dans sa honte, dans sa sensualité, dans son amour sincère. Jusqu’ici rien de nouveau. Et puis la voici qui prend perpète (parce qu’elle est illettrée elle ne peut se défendre), son ancien amant est au fond du seau, même s’il ne fera rien pour elle dans un premier temps (Daldry a le mérite d’interroger la culpabilité de la Nation allemande à travers la petite histoire). Le jeune homme est perdu, noyé dans l’articulation qu’il croyait manichéenne entre les bons qui aiment et font le bien et les mauvais qui ont mal agi.

Les autres SS plus méchantes, et moins honnêtes s’en tirent bien. Cette femme, Hannah Schmitz, a commis l’irréparable en vertu du fait de la banalité du mal. Il était plus important de faire ce pourquoi on etait missioné que d’en avoir une évaluation morale. Daldry lui fait citer du Hannah Arendt dans le texte, l’importance du devoir à accomplir évoluait dans une autre sphère que la distinction morale. Il oublie la partie du livre dans laquelle Hannah Arendt rappelle que la morale et la justice n’en perdent aucune légitimité. Manque de pot, elle est illettrée, c’est donc la moins armée pour réfléchir au bien et au mal. Ralph Fiennes jeune pleure. Premier raccourci difficile à comprendre : l’indigence intellectuelle d’Hannah Schmitz-Kate Winslet excuse un peu son basculement chez les SS, de là à minimiser son passage à l’acte…

Hannah Schmitz finit misérablement ses jours dans une froide prison. A sa mort, Fiennes part chercher la seule rescapée du massacre auquel elle a participé pour lui remettre les possessions d’Hannah. Une femme restée belle le recoit dans un opulent appartement New Yorkais qui donne sur Central Park, plein de tableaux et d’instruments de musique. La rescapée souligne que l’illétrisme n’est pas vraiment un problème juif d’ailleurs, au cas où on n’aurait pas bien compris. La dichotomie entre l’ancienne SS ravagée et la rescapée ourdie de luxe est strictement choquante. La SS avait bon cœur (n’avait-elle pas secouru le garçon lors de leur rencontre ?), la rescapée regarde l’Allemand de haut avec morgue. Elle s’en tape que Schmitz ait légué ses économies aux enfants illettrés.

Bien sûr, Daldry n’est pas antisémite, mais inconsciemment, le contraste entre la douceur de Kate Winslet dans sa vie de misère et la réussite de la rescapée donne froid dans le dos, renvoie la sympathie durement acquise sur la SS, et dédouane un peu la pauvrette romantique. Tout ceci est au moins très dommage, passablement gênant, et plus que borderline. A trop vouloir imbriquer la conscience de la nation allemande dans l’histoire de cette pauvre fille, on se demande où Daldry veut en venir.

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