Cette semaine: L’enfer du dimanche, d’Oliver Stone (2000)

février 7th, 2010 par Maverick

Cette nuit se joue à Miami le 44e Super Bowl de l’histoire entre les Saints de la Nouvelle-Orléans et les Colts d’Indianapolis. Le foot américain généralement les Français n’y comprennent rien mais c’est pas une raison pour ne pas regarder L’enfer du dimanche.

Derrière ce titre débile se cache le meilleur film jamais produit sur le sport. Avec sa nervosité habituelle, Oliver Stone, réalisateur passionnant, traite de presque tout ce qui fait la réalité du sport, de l’argent au plaisir du jeu en passant par les médias.

Contrairement au « soccer », le foot US, ses casques (pratique pour remplacer les acteurs par des pros), son organisation en 1/4 temps (parfait pour le suspense) collent nickel aux contraintes du ciné. Stone a conscience de la perversité du système mais il s’offre une parenthèse optimiste avec cette leçon de vie. Pacino n’y parle pas de sport mais du E Pluribus Unum fondateur de la démocratie US. Et ca fait d’une scène dans un vestiaire le morceau le plus marquant d’un film pourtant ultra-spectaculaire:

Nouvelle rubrique : LA TV ET LES DVD DE MAVERICK !

février 7th, 2010 par Ripley

truman showChers lecteurs,

pour les soirs ou vous ne pouvez pas aller au cinéma, vous avez enfin LA rubrique adéquate : la TV et les DVD de Maverick !

Maverick traitera ici même TOUS LES DIMANCHES SOIRS d’un film qui passe à la TV, qui sort en DVD, ou qu’il serait temps de voir ! Commencer la semaine en sachant qu’on va voir un bon film, ça n’a pas de prix.

Bonne lecture et à très bientôt,

Ripley

Spéciale dédicace

février 5th, 2010 par Ripley

Protéger et servir, d’Eric Lavaine

février 5th, 2010 par Maverick

proteger et servir affiche Protéger et servir, dEric Lavaine

+Hi hi hi

L’affiche fout les jetons mais Eric Lavaine m’avait déjà surpris avec le rigolo Incognito. Là, il fait dans le débile (presque) assumé. C’est aussi moche que 80% des comédies françaises mais 50% plus marrant. Y a des gags très lourds et aussi quelques-uns très réussis. Clovis Cornillac s’enfilant son 6e Big Mac m’a par exemple valu mon premier fou rire cinéma de l’année.

Et saluons le courage de Carole Bouquet qui a su se mettre en danger en incarnant une femme qui pue de la gueule.

Le livre d’Eli, d’Allen et Albert Hughes

février 5th, 2010 par Maverick

02677714 photo affiche le livre d eli Le livre dEli, dAllen et Albert Hughes

+ God bless America

C’est pas parce que Denzel Washington a une classe folle, que le visage de Mila Kunis brûle la rétine et que les frères Hughes ont réalisé l’exceptionnel Menace 2 Society qu’il faut tout leur laisser passer.

Le Livre d’Eli met en scène les aventures d’un vagabond solitaire dans  un futur apocalyptique aux airs de Far-West. Oui, oui, c’est ça. Exactement comme Mad Max 2 il y a 30 ans . Avec les mêmes motards débiles.

Pour faire illusion, les frères Hughes ont sali la photo avec du filtre horrible (la faute au trou dans la couche d’ozone) et mis le paquet sur les ralentis à foison.  Histoire qu’on comprenne bien qu’Eli/Denzel est un messie. Car, malgré la violence (excellente gunfight assistée par ordinateur et choré très sympa pour la bagarre du bar),  le film tourne autour de Jésus. Comme (trop?) souvent chez les Américains.

Y avait quelque chose de touchant à montrer que dans un futur sans passé, les livres sont le seul souvenir qu’il nous reste. Dommage que le seul livre qui compte pour les Hughes, ce soit la Bible. Elle sauvera le monde nous disent-ils. Pour qui n’en a rien à secouer de Jésus, le message évangélique lasse très très vite. La diffusion télé, ce sera pour KTO, pas pour Canal.  Le final œcuménique (très jolie l’idée du sanctuaire ceci dit) ne m’empêchera pas de penser que les Ricains feraient bien de regarder leur poutre fanatique avant de s’en prendre à la paille dans l’œil musulman.

Un mois après le chiant La Route, le Livre d’Eli me fait dire que la fin du monde ne réussit pas trop au cinéma en ce moment.

Super Héros sur les murs de Berlin

février 4th, 2010 par Maverick

 Super Héros sur les murs de Berlin

 Super Héros sur les murs de Berlin

 Super Héros sur les murs de Berlin

A serious man, de Joel et Ethan Coen

février 4th, 2010 par Ripley

seriuos man

When the truth is fooouuund to be lies ++++

Enfin ! Le premier film 4 étoiles de l’année ! On passe aux choses sérieuses avec A Serious Man, LE chef d’œuvre des frères Coen. Bijou d’absurdité, A Serious Man voit un type, Larry Gobnick, qui fait tout bien et qui s’en prend plein la tronche de toute part. Sa quête de réponses, sur ce qui ne va pas et ce qu’il faudrait faire, auprès des rabbins, est vouée à l’échec, rien n’ayant de sens, et les voies du Seigneur étant, pour les Juifs aussi, impénétrables. Pire que ça, plus Larry Gobnick s’évertue à être un bon père, un bon mari, un bon frère et un bon prof de maths, et plus il s’enlise dans les ennuis.

Il faut admettre avec la scène introductive qui se passe dans un shtettle (village juif déprimant et enneigé se prêtant à de nombreux phénomènes surnaturels) en Pologne tout droit sorti de chez Isaac Bashevis Singer, que rien n’a de sens, comme dirait Mylène Farmer.

Il faut surtout admettre le gigantesque talent des frères Coen, qui invoquent leurs origines pour délivrer leur message avec magnificence, nous sommes seuls, dieu est tellement mort ou tellement loin que nous sommes livrés au n’importe quoi de nos âmes et à la médiocrité environnante. Le judaïsme digéré dans l’Amérique profonde, est régurgité en drame des deux, en vies emmerdantes et en problèmes de voisinages, en questionnements insolubles ; les ploucs aussi ont des problèmes existentiels, le judaïsme des frères Coen, au cas où on n’aurait pas vu leurs 12 précédents films, est un universalisme.

Il reste une direction d’acteurs incroyable, des images à couper le souffle d’inventivité, des plans absurdes et splendides, des objets du quotidien rendus aussi hostiles que des objets de culte, un humour grinçant, une absence de tendresse globale mais une honnêteté qui fait du bien.

Il reste aussi le dernier rabbin, le plus sage, qui refuse de recevoir Gobnick ; il reçoit son fils, juste après sa Bar Mitsvah (la scène de la Bar Mitsvah défoncée !!!), et lui cite le couplet de Jefferson Airplane, l’en remettant à lui-même et à l’art.

Il faut le voir, c’est tout !

Où sont passés les Morgan ?

février 3rd, 2010 par Ripley

affiche morgan

Forever young —

2001 : Le journal de Bridget Jones, la porte d’un ascenseur s’ouvre sur Hugh Grant souriant à peine, de ce sourire minuscule et coquin qui allait devenir sa marque de fabrique avant que Clooney ne commence à pencher la tête. La salle s’effondre de plaisir dans un soupir lascif. L’acteur était déjà connu, le mythe Hugh Grant était né.

Sous ses airs de premier de la classe, il avait pourchassé la femme et la midinette, à travers les âges, incarnant tour à tour tous les questionnements amoureux modernes, de Jane Austeen à nos jours ; de Raison & Sentiment à Pour un Garçon, sans oublier 4 mariages et un enterrement, qui relança le genre de la comédie romantique.

Hugh Grant incarne la fragilité de l’homme européen, un reliquat de courant romantique qui n’a jamais traversé l’Atlantique des hommes virils et bâtisseurs, une indécision croissante dans la fin du 20ème siècle, la difficulté pour l’homme de trouver sa place au côté de femmes qui n’ont pas trouvé la leur non plus.

Mais Hugh Grant n’est pas qu’un type au charme sans limite qui a tourné avec Ang Lee, Ivory et Woody Allen ; il est aussi l’un des rois de la comédie, la punch line est sa respiration, et son langage corporel, mélange d’imitation d’un pingouin et de classe british, ne fut jamais copié avec succès.

Alors bien sûr on retrouve un peu de ça dans Où sont passés les Morgan ? Hugh Grant s’évertue sur le répondeur de sa femme qui ne lui parle plus, c’est le générique du début, dans le noir, et c’est la meilleure idée du film. Le reste est une sombre nullité. Scénario pourri : le couple à problème se retrouve à la campagne et résout ses problème de citadins, les redneck ont du cœur et des fusils, la ville pervertit les vrais sentiments…Absence de rythme, interprétation lamentable de Sarah Jessica Parker, manque de crédibilité d’acteurs de 50 piges avec des problèmes de « jeunes ».

Alors oui, j’irais toujours voir tous les films avec Hugh Grant, mais s’il peut m’épargner ça, ce serait gentil.

In the Air, de Jason Reitman (à lire après celle de Maverick).

janvier 31st, 2010 par Ripley

in the air 28

Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage +++

Maverick coeur romantique, comme Clooney. Le Poème de Du Bellay continue ainsi « Et puis s’est retourné, plein d’usage et raison, vivre entre ses parents, le reste de son âge« . Reitman est comme Du Bellay, il veut arrêter le voyage éternel de Clooney, qui, quand on lui demande d’où il est répond « I’am from here », c’est à dire dans un avion. Je crois que Reitman perd pied en plein vol et ne sait plus trop où il en est à la fin.

En Amérique, la famille et l’amour gagnent toujours à la fin, chez les mafieux, les flics et les braves gens. Reitman a le mérite d’essayer de fendiller le vase, et de nous faire aimer ce type sans attaches. Du coup, on se pose des questions avec lui (voir Maverick). Le vrai héros du film pourtant ce n’est pas cet homme qui veut arrêter le temps. Mais la femme qu’il rencontre et qu’il aime, qui a les répliques les plus drôles, les plus pleines d’esprit, et les pieds sur terre. C’est Véra Farminga, extraordinnaire alter ego de Clooney. Et elle choisit de dealer avec sa liberté; elle est la vraie parabole de l’histoire.

Alors oui, Reitman est un poil réac, et la libre interpretation faite par Maverick de la fin ( et donc de la morale) ne me convaincs pas. Pour autant, son film est très drôle, très bien filmé, impécablement interprété, et on a beaucoup de plasir à triturer nos obligations familiales et notre lâcheté face à tant de talents.

In the air, de Jason Reitman

janvier 30th, 2010 par Maverick

up in the air

+++ rules of engagement

Faut pas s’attendre à ce que je dise beaucoup de mal d’un film avec George Clooney. Surtout quand il est bon. Le film repose sur lui d’ailleurs. Sur celui qu’il est dans le vrai monde. L’homme qui ne se mariait pas. L’insaisissable.

Du coup, tout le propos (assez original reconnaissons-le) sur ce sous-traitant en licenciement s’efface après un petit tiers de séance pour se recentrer sur une comédie romantique plus classique. Ce boulot degueulasse sert juste à nous montrer le cynisme du personnage tout en justifiant qu’il passe tout son temps dans des avions.

Ce mec est une anomalie. Pas interessé par le mariage, le foyer ou toutes ces conneries inventées pour endormir notre esprit revolutionnaire. Ce n’est pas le seul homme sur Terre à fuir l’engagement (chez nous, c’est génétique) mais lui résiste vaillamment à la pression sociale et au regard des autres. Il assume.
Pour lui, l’immobilisme, c’est la mort. Et l’autre vous ralentit. Version humaine du principe de l’investissement en économie.

L’homme n’est pas animal social par nature mais par necessité. Si Clooney incarne l’éternel célibataire, c’est parce qu’il peut se le permettre. Parce qu’il est beau, riche et talentueux. Même chose pour son personnage. Les autres ne sont pas amusés par son statut, ils sont jaloux. Et ils le cachent par de la désapprobation. Comme on trouve toujours matière à se moquer d’une bombe sexuelle pour se consoler de ne pas pouvoir faire autre chose. Le personnage de Clooney s’appuie sur moult observations pour affirmer qu’on ne se marie pas par amour mais par faiblesse. On choisit juste quelqu’un qui colle à peu près.

  »Vous n’avez pas peur de vieillir seul? », demande sa collègue qui se comporte à 23 ans comme si elle en avait 20 de plus. Un amant, deux, trois au plus et elle quitte tout pour se jeter sur le premier avec qui elle puisse acheter un appartement, dîner chez ses parents, sortir avec les amis et s’assurer un avenir. Finalement, le romantisme est affreusement pragmatique.

Clooney ne joue pas un ado attardé. Quand il faut virer des gens, il fait montre de parfait calcul. C’est vrai, l’âge entame son cynisme. Seule façon d’expliquer que ce dur à cuire satisfait de son mode de vie pendant des decennies se mette soudain à tout questionner. Avant que la realité du monde et des relations humaines ne le ramène à la raison.

Comme Jason Reitman est un faux libéral (Juno est un film anti-avortement et puis c’est tout), il veut faire de son héros un nouveau beauf que sa collection de miles rend aussi superficiel qu’un pro du tuning. Comme ça, il pourra le punir. Si Reitman filme avec talent toutes les séquences d’aéroport, il s’impose comme dans Family Man avec Nicolas Cage ou tant d’autres films US le même message nian-nian. L’amour va ouvrir les yeux de son héros sur la réalité du bonheur: une famille, un break et un chien. Je suis pas certain que les
divorcés, alcooliques, suicidés, victimes d’incestes ou autres femmes battues, partagent ce point de vue.

Heureusement, même si c’est pas l’impression que ça donne, moi je considère que George Clooney gagne à la fin.